Dans mes articles comme dans mes tweets documentaires, les questions de mixité ou encore de parité sont régulièrement abordées. Si beaucoup de chemin a été parcouru vers plus de droits pour les femmes, il y a encore à faire. Le 8 mars dernier, se tenait la journée internationale des droits des femmes. Force a été de constater que ces sujets que j’aborde restent au coeur de nombreux débats et sont toujours très contemporains. Cela ne cesse de m’interpeller.
C’est pourquoi j’ai demandé aux “femmes qui comptent” d’aujourd’hui, des expertes, des femmes engagées, des professionnelles des banques et des archives, etc. de me donner leur point de vue. Avec elles, je veux comprendre pourquoi mon projet est toujours ancré dans l’actualité.
Aujourd’hui, je donne la parole à Marie-Anne Barbat-Layani, Directrice générale de la Fédération bancaire française. Elle nous parle de la place des femmes dans le secteur bancaire aujourd’hui… et demain.
Je la remercie très sincèrement pour cette carte blanche.

Les femmes dans le secteur bancaire

Marie-Anne Barbat-Layani

 

Par Marie-Anne Barbat-Layani

Le 8 mars dernier, lors de la Journée Internationale des Droits des Femmes, nous avons accueilli à la FBF l’événement « Femmes & initiatives de croissance », consacré aux femmes engagées dans le financement de l’économie.
A cette occasion, nous avons pu montrer à quel point les femmes sont présentes aujourd’hui dans des secteurs clés. Mais également mesurer le chemin parcouru depuis l’obtention en 1965 du droit pour une femme d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari, soit plus de vingt ans après l’obtention du droit de vote.
Non seulement les femmes sont aujourd’hui clientes des réseaux bancaires, mais elles représentent aussi plus de la moitié de la profession. En effet : plus d’un banquier sur deux aujourd’hui est une banquière !

La parité : le secteur bancaire exemplaire

Cette parité résulte d’une mobilisation de longue date des banques en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Notre secteur a été précurseur en la matière car il fût parmi les premiers à mettre en œuvre un accord de branche dans ce domaine.

Il y a un an, le 17 mars 2017, un nouvel accord de branche a été signé, à l’unanimité, avec les organisations syndicales afin de poursuivre et d’amplifier les engagements des banques en matière d’égalité professionnelle, de mixité et de parité entre les femmes et les hommes.

Si notre secteur est donc plutôt bon élève en termes de parité, il reste néanmoins des choses à faire pour que les femmes accèdent aux plus hautes instances – le plafond de verre est une réalité, dans les banques comme dans d’autres secteurs d’activités. Mais ce n’est pas une fatalité. Notre engagement est plein et entier sur le sujet.

Gouvernance : des progrès à confirmer

La loi Copé-Zimmermann visant à féminiser les conseils d’administration a permis une prise de conscience et créé une dynamique certaine parmi les acteurs économiques.
Ainsi, selon le dernier palmarès d’Ethics and Boards sur la féminisation des entreprises du SBF 120, la part des femmes au sein des conseils d’administration des grandes banques françaises s’élève en 2017 à 42,7%, ce qui équivaut à la moyenne des entreprises du SBF 120.
En ce qui concerne la présence des femmes dans les comités exécutifs, il reste des progrès à réaliser dans notre secteur, comme dans d’autres. Nous sommes autour de 10% dans le secteur bancaire quand la moyenne du SBF 120 est à 14%. Mais nous pouvons tout de même voir des signes encourageants dans la progression réalisée par les banques depuis 2015 : la part des femmes dans les comités exécutifs a augmenté de 5 points sur la période 2015-2017 pour seulement 0.2 point pour la moyenne.

La promotion de la mixité dans la gouvernance des entreprises est d’ailleurs aujourd’hui l’un des piliers de l’action du gouvernement en faveur de l’égalité professionnelle. C’est en effet un enjeu de compétitivité et de performance économique et sociale,  et donc une source de croissance pour les entreprises et pour notre économie.

Priorité au financement des entreprises : la place majeure des banquières

C’est pour cette raison que, lors de notre événement du 8 mars, la FBF a voulu donner la parole à des femmes qui œuvrent pour financer l’économie.

Le financement de l’économie, et plus particulièrement celui des entreprises, est un sujet majeur. C’est même la première priorité stratégique pour les banques françaises. C’est pour nous un motif de fierté de pouvoir dire que la France est en tête de la zone euro pour les crédits aux entreprises. Les banques accordent 2 293 milliards d’euros d’encours de crédits à l’économie dont 965 milliards d’euros aux entreprises en 2017, ce qui représente plus d’un million d’entreprises et de PME financées par le crédit.
Si on considère qu’il y a 60% de banquières, cela correspond donc à 1300 milliards d’euros de crédits accordés par des femmes pour financer l’économie en général et près de 600 milliards d’euros pour les entreprises.
Les chiffres sont éloquents : le crédit bancaire, et donc le bilan des banques, est le principal instrument du financement de l’économie.

Dans le cadre des travaux menés par le gouvernement pour le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, la profession est fortement mobilisée pour faire valoir la nécessité de créer un produit long d’épargne bancaire afin de garantir l’existence d’une ressource longue pour financer les entreprises. Donner la capacité aux banquiers et aux banquières présents sur tout le territoire, grâce à la capillarité des réseaux, de pouvoir continuer à accompagner les entreprises dans leur développement, c’est donner à notre économie nationale des possibilités de croissance.

De même, des actions de sensibilisation et d’accompagnement des femmes entrepreneures sont à poursuivre.

Femmes entrepreneures : les banques mobilisées

Le développement de l’entrepreneuriat féminin est une opportunité de création de richesse et un outil de lutte contre les discriminations et les stéréotypes.

Les réseaux bancaires, dont la mobilisation pour l’égalité et la diversité dans le recrutement et la carrière de leurs collaborateurs est exemplaire, s’inscrivent pleinement dans cette action et multiplient les initiatives pour encourager la volonté entrepreneuriale des femmes. A ce sujet, le site de pédagogie financière « Les clés de la banque », créé et animé par la FBF, dispose d’un espace spécifique dédié aux entrepreneur(e)s. Il propose notamment un guide « Entreprendre au féminin ».

Les réseaux bancaires et la FBF sont partenaires de France Active qui a accompagné, l’année passée, 48% de femmes parmi les créateurs d’entreprises, alors même qu’elles ne représentent que 40% des créateurs d’entreprises en France.

Plusieurs banques ont signé des partenariats avec le Ministère des Droits des Femmes ou le Secrétariat d’Etat en charge de l’Egalité femmes/hommes. Elles sont également très impliquées dans des associations dédiées à l’entrepreneuriat féminin qui mettent en place des ateliers pédagogiques, des programmes de mentoring, des réunions d’information sur les programmes d’aide existants ou même la mise en relation de femmes entrepreneures au sein d’incubateurs.

 

En conclusion, je dirais donc que les choses avancent et que nous avons des raisons d’être optimistes : les réseaux de femmes ont montré la voie, les nouvelles générations s’imposent. J’ai une pensée particulière, pour celles et ceux, qui se sont mobilisé(e)s depuis longtemps pour qu’aujourd’hui nous puissions constater de réels progrès. Nous prenons part à ce mouvement et espérons qu’il s’étende, encore, pour donner enfin aux femmes toute leur place dans notre société.